LA RUE DE MON ENFANCE.
La rue de mon enfance était à l'époque une route, la route d'Abbeville, dans la bonne ville d'Amiens, chère pour des fortunes diverses à notre bon roi Henri et au non moins célèbre Jules Verne.

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Mon école primaire


La route d'Abbeville, offrait en ce temps là, la sortie vers, non seulement Abbeville, mais aussi vers la côte picarde.
C'était une longue voie d'environ 3 kilomètres, bordée en partie de robinier faux-acacia et de platanes, les robiniers sont toujours en place, mais les énormes platanes ont été déracinés pour civiliser les trottoirs parfois boueux. D'autres espèces au port plus modeste ont remplacé les platanes, bien disciplinées dans leur petit carré de béton.
Tout au long de la route qui allait du photographe Flandre au carrefour de la route de Saveuse et de la rue de Faubourg de Hem, s'alignaient deux rangées de maisons en briques dites amiénoises de tailles diverses, des magasins, des usines, des entrepôts, et des demeures parfois "exotiques" comme cette maison toute en béton armé semblable à un blockhaus ou un mausolée, fruit de l'imagination d'un architecte qui faisait ses armes avec ce nouveau matériau (le même architecte qui avait construit la base de la maison achetée par mes parents, des murs en béton d'un mètre d'épaisseur.)

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La maison familiale.


La route d'Abbeville, devenue rue d'Abbeville, c'est aussi le chemin de mon école maternelle puis primaire. Quatre fois par jour de scolarité, je parcourais à pieds les neuf cent mètres du chemin entre la maison et l'établissement scolaire. Pas question de manger à la cantine.
Sur le trajet les zones d'attractivité étaient les magasins, la Ruche, la Coop, la mercerie Au goût du jour, les deux boucheries, celle de M. Beauvais et celle de M. Joly, la Caisse d'Epargne, le café tabac du Chien qui fume où j'achetais mon hebdomadaire Pilote, la boulangerie et son lot de pains aux chocolats, de roudoudous, d'aspir-frais et autres "cochonneries" comme disait ma grand-mère.
C'étaientt aussi les bornes fontaines qui nous rafraîchissaient les jours de chaleur, et établissaient de belles glissades(glaiades en langage d'écolier Picard) lors des grands froids car l'hiver l'eau coulait en permanence pour éviter le gel des canalisations.
C'était aussi le passage obligatoire le jeudi et le dimanche pour se rendre au cathé. ou à la messe, au château ou à l'église de Montières, le quartier d'Amiens dont fait partie la rue de mon enfance.
D'abord accompagné par mes parents puis seul, j'ai sillonné cette voie, tantôt angoissante, le bulletin scolaire anémique dans le cartable, tantôt ludique en compagnie de copains plus ou moins "recommandables" le coup de la sonnette était courant, tantôt joyeux la veille des weekends et surtout la veille des vacances.
Elle a bien changé la rue de mon enfance elle s'est civilisée à force de goudron, de gravillons et de bordures en béton. Elle a bénéficié du raffinement d'une voie de bus centrale et de mini ronds-points aux carrefours.
Où est elle ma route d'Abbeville, celle de mes années 50, peut-être enfouies sous les feuilles mortes des grand platanes de la rue de mon enfance.