au fil de l'eau

15 mars 2016

N'est-il pas paradoxal que ce grand pourrissoir d'humains qu'est une galère, soit d'un autre côté la vitrine du bon goût et de la puissance de la France.
De tous temps les galères ont été employées pour le commerce et pour la guerre et sont les fleurons des états où des compagnies qui les utilisent.
La suprématie que prennent les "bateaux ronds" navires de transports(volume
emporté) ou de guerre(importante puissance de feu,et meilleure solidité) va s'accommoder encore quelques temps de la compagnie des galères. Plus "fragiles" et bien moins armées elles ont cependant l'avantage d'avoir un tirant d'eau faible, et une meilleure manœuvrabilité, qui leurs permettent des attaques rapides et inattendues. Elles sont également utilisées pour tracter des navires en difficultés lors des combats.

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Parlons un peu de l'armement d'une galère. Mis à part l'armement individuel des soldats et des pierriers (petits canons se chargeant par la culasse) disséminés le long des rembarres, seul trois canons d'important calibres son disposés à l'avant du navire. Ces canons ne pouvant être orientés la galère doit se diriger frontalement vers l'objectif à atteindre, et les tirs rasants ne peuvent toucher que les parties basses des gros navires. Les abordages ne peuvent également se faire que par l'avant, les rames empêchant de se mettre bord à bord.
Nous voyons ici les limites des galères dans de grands affrontements des lors qu'il s'agit d'attaquer de lourds bateaux bien équipés et bien armés.
Elles se contentent souvent de courses contre les pirates barbaresques qui sévissent en Méditerranée et de faire de la "propagande" à la gloire du royaume de France.

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Proue de réale.(musée de la marine Paris)


Les ors des ornements de poupe doivent en imposer aux états ainsi que les cérémoniaux d'accueil, coups de canons, bannière aux armes des nations, et les réceptions protocolaires de haut niveau.

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Ainsi va la vogue des galères qui bientôt s'éteindront victimes de leurs fragilités et de la montée des lourds navires.
Les galériens deviendront bagnards, les pieds sur terre mais toujours enchaînés.
Ainsi en est-il de la destinée des hommes, gloire et déchéance, résumée dans le petit monde des galères.
Voilà j'en ai fini de ma série "galérienne". Ce n'est qu'un survol, un résumé. Je ne pouvais pas tout vous raconter, mais peut être aurez vous comme moi l'envie d'en connaître un peu plus.
Voici quelques ouvrages disponibles gratuitement sur internet en PDF.


Le plus émouvant: Mémoires d'un protestant condamné aux galères de France pour cause de religion. De Jean Matheile. Dans Gallica PDF


Le plus complet: Les galères de France 1481-1781 Marseille port de guerre. De Paul Masson. Dans Gallica PDF.


Le plus technique:Mais comment pouvait-on ramer sur les galères du Roi soleil. De MM René Burlet, Jean Carriere et André Zysberg. Sur Persée PDF.


BONNE LECTURE.

 

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10 mars 2016

FONCTIONNEMENT DU "MOTEUR" DE LA GALERE.

Comment fonctionne le moteur (d'une galère)
Il y a d'abord l'énergie humaine et la bonne volonté de cet humain qui devraient être suffisantes, mais lorsqu'on est asservi, mal nourri et dans des conditions matérielles horribles, la motivation n'est pas vraiment là. Vient alors le "starter", la"bougie d'allumage" j'ai nommé : LE COMITÉ et sa corde. Cette corde qui vient redonner énergie et motivation au plus récalcitrant, au plus fatigué, au plus malade. Cette corde qui s'abat sur les dos dénudés de la chiourme.

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Des essais de navigations avec des individus libres n'ont jamais réussi à obtenir la même "productivité"
Venons en à la technique. Si pour ramer en barque, en canoë, en kayak ou en aviron (sport)ce sont surtout les bras qui sont sollicités, parfois bras et jambes pour l'aviron, il n'en est pas de même sur les galères car les bras ne peuvent pas se plier à cause du peu d'espace entre les rameurs. C'est donc l'ensemble corps et jambes qui sont sollicités les bras n'étant que la "bielle" qui transmet l'énergie entre le corps et la rame.
Autre élément important, la synchronisation. Ici on n'arrose pas le dos de son coéquipier lors d'une mauvaise manœuvre avec une pagaie de quelques kilos, ici on paie le prix fort, car un crâne contre une pièce de bois d'une centaine de kilogrammes ne fait pas le poids. La mort n'est pas loin.
Comme nous l'avons vu lors du billet précédent, la charge de travail n'est pas la même pour tous les rameurs d'un banc. La technique est la même mais l'ampleur des mouvements et la puissance diminuent dès-lors qu'on se rapproche de l'extérieur du navire.
Le mouvement s'apparente à la montée de deux marches d'un escalier.

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Un petit croquis vaut mieux q'un grand discour.

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Deux c'est encore mieux.

Comme vous pouvez le voir il y a plusieurs sortes de vogues.

Imaginez vous un seul instant, même en vogue ordinaire, même en vogue par quartier où seule la moitié, avant ou arrière rame tandis que la seconde moitié se repose, réitérer pendant des heures ce mouvement.

Alors, si vous êtes en PASSE VOQUE, là vous souffrez car le mouvement est plus ample (la contre pedagne a été retirée) et la cadence plus rapide. Cette vogue est heureuse peu employée sauf  ponctuellement lors de combats, ou pour assouvir le sadisme et la suffisance d'un capitaine qui veut faire montre de son pouvoir..

A SUIVRE: DE L'UTILITÉ DE LA GALÈRE?

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02 mars 2016

RAM.RAM. RAMEURS RAMEZ.

Qui peut comprendre comment les rameurs pouvaient s'adapter à l'épreuve de la vogue ?
( Pour une réponse technique et ergonomique lire le livre, disponible en PDF: Mais comment pouvait-on ramer sur les galères du Roi soleil, de MM René BURLET, Jean CARRIÈRE et André ZYSBERG )

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Nous allons essayer de comprendre, ou pas, les conditions de vie des galérien lors de la vogue.
Faisons abstraction des conditions de vie, violence, hygiène, nourriture, dont nous avons eu un aperçu lors des billets précédents, pour nous pencher sur:
L'environnement: le poste de travail.
L'outil: la rame.
Le moteur: le galérien

LE POSTE DE TRAVAI:


Ce qu'on appelle le banc de galère comprend quatre éléments, le banc, la banquette, la pedagne et la contre pedagne.


LE BANC: C'est une robuste traverse de pin de 2,26 m par 16 cm pour une épaisseur de 14 cm. Un rembourrage de tissus et de cuir habille ce madrier pour améliorer le "confort " du rameur
LA BANQUETTE: C'est le sol où reposent les pieds des galériens. Large de 46 cm épaisse de 5 cm et de longueur équivalente au banc.
LA PEDAGNE: bordant l'avant de la banquette, c'est un madrier de pin de 14 cm par 8 cm, c'est l'appui du pied enchaîné.
LA CONTRE PEDAGNE: C'est une pièce de pin d'environ 11 cm par 5 cm fixé au banc précédent.

L'OUTIL:

La rame ( on appelle palamente l'ensemble des rames)
L'aviron d'une galère ordinaire mesure 12 m de long pour un poids de 130 kg ( 14 m pour 160 kg sur une Réale )
Deux à quatre rames sont taillées dans un seul tronc de hêtre.
La partie la plus courte, celle à l'intérieur du bateau mesure 3 mètres et doit être aussi lourde que la partie extérieure.(Une plaque de plomb de 5 kg y est encastrée pour établir l'équipe )
La rame qui a 50 cm de diamètre au niveau des rameurs est amincie à son extrémité pour former le maintenen permettant au VOGUE-AVANT de tenir l'aviron. Les autres rameurs du banc manœuvrent la rame grâce à la manille, une pièce de bois clouée sur celle ci.

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Rames ( partie intérieure:le biol ) on y voit le maintenen, la manille et les renforts en chêne les galavernes

( pièces de maquette réalisée par: http://b.rimlinger.free.fr/sommaire.htm)

LE MOTEUR:


Intéressons nous maintenant à la composition d'un banc de chiourme.
A la partie la plus centrale se tient le vogue-avant, c'est un galérien de forte composition, souvent un turc. C'est lui qui donne le plus de puissance et commande les autres rameurs du banc.
A côté de lui se tient l'apostis, puis le tiercerol, le quarterol, le quinterol ( le sexterol, et le septerol sur une Réale ou une commandante) Les efforts et les mouvement sont de moins en moins importants, lorsque l'on se rapproche du bord externe de la galère. 

A SUIVRE :COMMENT FONCTIONNNE LE "MOTEUR"?

 

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26 février 2016

PRÉPARATIFS À LA VOGUE

Imaginez vous vivre enchaîné 24 heures sur 24, 365 jours par an à cinq personnes dans un espace d'a peu près 1,25 mètre par 2,30 mètres, pour y dormir, manger, et accessoirement ramer. Il va sans dire que les besoins naturels se font dans ce même espace. Les narines de l'époque sont habituées aux puissantes effluves."Manguen et caguen tout ensen"

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De plus il faut y loger ses vêtements, quelques accessoires, dont le nécessaire à la fabrication des objets manufactures, chaussettes et autres.
Pour dormir quelques planchettes de récupération pour aplanir le sol, et on s'enroule comme on peut dans son capot.
Si ramer devient une "distraction" ce n'est cependant pas une sinécure.

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Mais avant de vous faire vivre les conditions de la chiourme en période de navigation, penchons nous sur la mise en condition de la galère.
C'est courant mars-avril que commencent les préparatifs.
C'est à fond de cale que débute le remue ménage. D'abord la "saure" de petites pierres rondes servant de lest sont évacuées à bras d'hommes dans des paniers jusqu'au quai où elles sont brossées "pour les rendre nets comme des perles"?
Pendant ce temps le maître de construction diagnostique le navire bon pour naviguer, ou bon pour être dépecé.
Toutes écoutilles fermées la galère est basculée pour laisser apparaître la carène hors de l'eau, on la décape, on enlève le suif qui la recouvre, on refait le calfatage, puis on remet une couche de suif "l'espalmage".
Il ne reste plus qu'à remettre le lest ( tout propres ) plus 300 boulets de lestage et 200 boulets d'artillerie, soit environ une trentaine de tonnes.

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Et on commence à arborer, à dresser les deux mâts, arbre principal et trinquet, puis le gréement.
" IL N'Y A D'ESPACE AU MONDE OÙ LE LIEU DOIVE ESTRE PLUS MESURÉ"
En effet, comment imaginer dans un espace de 45 mètres par 9 et une hauteur de 2,3 mètres on puisse emporter tant d'hommes et de matériel.
450 hommes, maistrance, équipage, soldats et chiourme, soit moins d'un mètre carré par individu.
A caser également les 25 000 litres d'eau, nécessaires à la cuisine et surtout à la chiourme qui doit s'hydrater abondamment pendant la vogue. La quantité suffit à peine pour une semaine. D'où la nécessité de faire souvent ayguade (approvisionnement en eau).
Des animaux, poules moutons et pigeons, sont également embarqués ainsi que le bois à brûler.

La poudre, quand à elle, est embarquée hors du port, pour éviter là propagation d'explosions et d'incendie aux autres navires.
NOTA: les indications précédentes sont valables pour une galère ordinaire, pour la Réale et les commandantes, plus grandes les quantités sont en proportion.

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16 février 2016

LA RUE DE MON ENFANCE.

LA RUE DE MON ENFANCE.
La rue de mon enfance était à l'époque une route, la route d'Abbeville, dans la bonne ville d'Amiens, chère pour des fortunes diverses à notre bon roi Henri et au non moins célèbre Jules Verne.

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Mon école primaire


La route d'Abbeville, offrait en ce temps là, la sortie vers, non seulement Abbeville, mais aussi vers la côte picarde.
C'était une longue voie d'environ 3 kilomètres, bordée en partie de robinier faux-acacia et de platanes, les robiniers sont toujours en place, mais les énormes platanes ont été déracinés pour civiliser les trottoirs parfois boueux. D'autres espèces au port plus modeste ont remplacé les platanes, bien disciplinées dans leur petit carré de béton.
Tout au long de la route qui allait du photographe Flandre au carrefour de la route de Saveuse et de la rue de Faubourg de Hem, s'alignaient deux rangées de maisons en briques dites amiénoises de tailles diverses, des magasins, des usines, des entrepôts, et des demeures parfois "exotiques" comme cette maison toute en béton armé semblable à un blockhaus ou un mausolée, fruit de l'imagination d'un architecte qui faisait ses armes avec ce nouveau matériau (le même architecte qui avait construit la base de la maison achetée par mes parents, des murs en béton d'un mètre d'épaisseur.)

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La maison familiale.


La route d'Abbeville, devenue rue d'Abbeville, c'est aussi le chemin de mon école maternelle puis primaire. Quatre fois par jour de scolarité, je parcourais à pieds les neuf cent mètres du chemin entre la maison et l'établissement scolaire. Pas question de manger à la cantine.
Sur le trajet les zones d'attractivité étaient les magasins, la Ruche, la Coop, la mercerie Au goût du jour, les deux boucheries, celle de M. Beauvais et celle de M. Joly, la Caisse d'Epargne, le café tabac du Chien qui fume où j'achetais mon hebdomadaire Pilote, la boulangerie et son lot de pains aux chocolats, de roudoudous, d'aspir-frais et autres "cochonneries" comme disait ma grand-mère.
C'étaientt aussi les bornes fontaines qui nous rafraîchissaient les jours de chaleur, et établissaient de belles glissades(glaiades en langage d'écolier Picard) lors des grands froids car l'hiver l'eau coulait en permanence pour éviter le gel des canalisations.
C'était aussi le passage obligatoire le jeudi et le dimanche pour se rendre au cathé. ou à la messe, au château ou à l'église de Montières, le quartier d'Amiens dont fait partie la rue de mon enfance.
D'abord accompagné par mes parents puis seul, j'ai sillonné cette voie, tantôt angoissante, le bulletin scolaire anémique dans le cartable, tantôt ludique en compagnie de copains plus ou moins "recommandables" le coup de la sonnette était courant, tantôt joyeux la veille des weekends et surtout la veille des vacances.
Elle a bien changé la rue de mon enfance elle s'est civilisée à force de goudron, de gravillons et de bordures en béton. Elle a bénéficié du raffinement d'une voie de bus centrale et de mini ronds-points aux carrefours.
Où est elle ma route d'Abbeville, celle de mes années 50, peut-être enfouies sous les feuilles mortes des grand platanes de la rue de mon enfance.

 

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